Pourquoi apprendre une langue ancienne ?

En cette fin d'année où il est proposé à votre enfant de choisir un enseignement de complément (nouveau nom pour l'option) LCA (langue et civilisation de l'Antiquité) pour la rentrée prochaine, soit le latin en 5e, soit le grec en 3e, je vous propose quelques bonnes raisons pour faire votre choix en accord avec votre enfant. Et pour ceux qui comme moi ont du mal à lire sur écran cliquer ici.
La transmission d’un héritage
L’enseignement du latin et du grec, en tant qu’ancêtre du français, a pour premier objectif de transmettre aux élèves l’héritage da la civilisation gréco-latine.
En effet, la culture antique est une des sources de la culture occidentale. Ignorer cet héritage, c’est ne pas comprendre sa propre histoire et donc son propre présent. Si la culture appartient à tous, et non à une minorité de privilégiés, alors cet héritage antique est un bien commun à tous les habitants de l’Europe et des pays méditerranéens.
Cette culture est un patrimoine dont il faut prendre possession et en disposer librement, même si c’est pour le dilapider. Comme l’héritier d’un bien fait de sa fortune autre chose que ses parents, l’héritier d’une culture crée à partir d’elle son œuvre propre. Sans cette liberté, la culture n’est plus que lettre – ou langue – morte.
Mémoire et patrimoine
Le cours de langue ancienne est pour les élèves l’occasion de structurer leur mémoire et donc de mieux se situer dans le présent.
Les monuments et œuvres d’art latins et grecs que nous pouvons découvrir et étudier pendant ces cours, soit au moyen de documents, soit grâce à des visites, mais aussi les mots, dont le sens peut être expliqué par l’étymologie, sont des blocs de mémoire d’une civilisation. Ils sont associés à une histoire qui rend à chaque être humain sa propre mémoire, ses propres racines.
Il n’est pas toujours permis à nos enfants de trouver dans leur environnement une mémoire qui les structure. Tous les enseignants des banlieues connaissent ces jeunes devenus amnésiques, qui se cherchent une identité par tous les moyens. Leur violence est d’abord celle qu’on leur fait, lorsqu’en plus de cette amnésie due au déracinement de leurs familles, l’école ne leur transmet aucune mémoire sur laquelle s’appuyer.
Rendre sa mémoire à la jeune génération est peut-être le meilleur moyen de prévenir ces deux formes de violence que sont l’intégrisme et le racisme.
Importance du détour et de l’inutile
Bien sûr, il est possible de reprocher aux langues anciennes, aux langues mortes !, leur inutilité pour la vie future de l’élève.
En effet l’école est conçue comme une machine à produire des individus utilisables – puis « jetables » ?- dans la chaîne de la production et de la distribution. Les élèves doivent être parfaitement calibrés à la sortie de la chaîne. Mais la réalité s’oppose à cette ambition : l’échec scolaire, ou ce que l’on désigne comme tel, n’a jamais fait l’objet de tant de lamentations.
Pour qu’un enseignement soit réputé utile, il faut qu’il ait une application dans le champ des activités présentes. Mais de quel présent s’agit-il ? Les choses changent avec une telle vitesse que, dans bien des domaines, ce qui était en vigueur il y a un an n’est plus d’actualité.
 De plus, au plus haut niveau, tout le monde en convient : entre deux candidats aux concours des grandes écoles, la culture générale est ce qui fait la différence. La culture générale est ce qui permet cette ouverture sur le monde qui offre la possibilité de communiquer et de s’adapter aux nouvelles situations.
Or la culture générale ne s’acquiert pas en quelques mois, elle exige une lente imprégnation faite d’oublis et de retours en arrière. On croit réaliser une économie de temps et de moyens en visant au superficiel, à l’actuel, à l’immédiat, en courant aux résumés ; mais tout cet apprentissage, rapide et survolé ne tient pas. C’est un temps perdu. Car un latniste ou un helléniste, au bout de deux à trois d’étude sérieuse, est capable de déduire le sens d’un mot inconnu de son étymologie ; plus tard, il comprendra et retiendra les mots scientifiques les plus complexes, en médecine par exemple, ou pourra entreprendre avec méthode l’analyse d’une notion philosophique. Que de temps gagné alors !
On ne cesse de se plaindre que le niveau de connaissance de la langue maternelle baisse de façon inquiétante.  Or pour l’apprentissage de certains mots ou certaines notions de grammaire, le passage par le latin ou le grec est, pour la maîtrise du français, la voie royale et la plus économique, car il permet de  comprendre le sens et l’histoire des mots, de connaître le système grammatical, lexical de la langue, et d’apprendre à repérer et à interpréter les traces de l’Antiquité dans la langue et dans la civilisation actuelle – tout cela avec un professeur, un tableau, un livre et un cahier !
L’enseignement du latin et du grec démontre son efficacité dans la maîtrise de la langue, du français d’abord, et des langues vivantes ensuite, sans compter les capacités à l’abstraction qu’il apporte aux élèves.
L’acquisition de notions abstraites permet de passer plus vite à l’apprentissage d’autres langues, même celles dont les structures sont très différentes des nôtres. En outre, les élèves étudient, avec une langue ancienne, à la fois leur langue maternelle et une autre langue, proche et lointaine en même temps. C’est cet effet de détour qui permet d’observer et de comprendre sa propre langue avec une distance qui est à l’origine d’une maîtrise plus solide de son fonctionnement.
Nous en voulons pour preuve un seul chiffre : dans plusieurs collèges de la banlieue parisienne où le latin est enseigné à plus de la moitié des élèves, et donc n’est pas réservé à l’élite sociale des élèves de ces établissements, la moyenne de français des latinistes de 3e est supérieure de trois points à celle de leurs camarades.
On ne peut éluder la question de la transmission du patrimoine aux générations futures de leur passé, parce qu’il est leur patrimoine, c’est-à-dire leur propriété. La transmission du patrimoine culturel est donc une responsabilité de l’enseignement public : il ne faut donc pas faire du latin ou du grec des disciplines passéistes, élitistes ou ennuyeuses…
Grâce à des méthodes nouvelles qui ne mettent plus la langue au centre de l’apprentissage mais la relie avec la découverte d’une nouvelle civilisation, la lecture de textes authentiques d’auteurs anciens fournit une riche matière aux commentaires et aux élargissements de toutes sortes : documentaires, iconographiques, informatiques, littéraires, géographiques… Notre enseignement trouve une cohérence dans la liaison entre la civilisation et la langue, mais aussi avec des supports dits « modernes ».
Ce que nous visons est modeste : il s’agit d’une approche, d’une mise en contact des jeunes générations avec ce monde immense qu’est l’Antiquité, afin qu’ils en disposent. Une fois que le contact est établi, chacun est libre de poursuivre, d’approfondir ou non l’étude de la discipline.